Demandez votre abonnement gratuit d'un mois !

PJL EnR : « Accélérons maintenant, pas dans 10 ans » (Michel Gioria, FEE)

News Tank Energies - Paris - Entretien n°274491 - Publié le 21/12/2022 à 12:30
- +
©  D.R.
Michel Gioria, - ©  D.R.

« Certains sujets que nous portons depuis plusieurs années se retrouvent dans le texte de loi sur l’accélération des EnR Énergies renouvelables . (…) Pour la première fois est introduite dans le débat politique la question de la redistribution. C’est une bonne chose car c’est un des éléments de la dimension sociale de la transition énergétique qui est primordial pour accélérer. La France doit réduire sa dépendance aux énergies fossiles tout en augmentant sa production d’électricité : pas dans 10 ans, mais maintenant », déclare Michel Gioria, délégué général de FEE France Énergie Éolienne , à News Tank le 21/12/2022.

« Les partis qui s’opposent à l’éolien s’opposent également au photovoltaïque, puis commencent à détricoter la politique de rénovation énergétique des bâtiments, le développement du véhicule électrique, et non dans le but de faire gagner le nucléaire, mais pour faire gagner les énergies fossiles. Car, au final, c’est cela qui va se passer au cours des 15 prochaines années si nous n’accélérons pas le rythme de développement des EnR. »

Le PJL Projet de loi relatif à l’accélération de la production d'énergies renouvelables, adopté en première lecture au Sénat le 04/11/2022, était discuté en séance publique à l’Assemblée nationale entre le 05 et le 15/12/2022, après examen par la commission des Affaires économiques (fonds) et la commission du Développement durable (avis), entre le 08 et le 26/11/2022. Le vote solennel sur l’ensemble du PJL aura lieu le 10/01/2023.

Michel Gioria répond aux questions de News Tank.


Avez-vous été entendu sur certains articles du projet de loi relatif à l’accélération de la production d’EnR ?

Oui, certains sujets que nous portons depuis plusieurs années se retrouvent aujourd’hui dans le texte de loi. Le premier, que nous suivons conjointement avec d’autres filières et acteurs du système électrique comme les gestionnaires du réseau de transport et de distribution, concerne la possibilité d’anticiper les études et les investissements pour les renforcements des ouvrages structurants (lignes de transport et les postes source) sans attendre l’arrivée concrète des projets.

Résultat : quand les projets arrivent, le raccordement est déjà prêt. Cette mesure permettra, au cours de la décennie, à partir de 2025, d’avoir une réelle accélération des raccordements des sites de production, qu’ils soient éolien ou PV photovoltaïque .

La deuxième chose sur laquelle nous avons été entendus touche à la mise en place de tarifs en fonction du gisement, pour le solaire et les éoliennes. Ainsi, les systèmes de complément de rémunération variables en fonction de l’intensité du vent ou du soleil ont été retenus.

L’incitation économique encourage une meilleure répartition sur le territoire »

Ceci permet de traiter quelque chose d’important qui est la concentration des installations de production renouvelable sur certains sites. Pour FEE France Énergie Éolienne , cette incitation économique est essentielle pour encourager une meilleure répartition sur le territoire national des infrastructures de production d’électricité renouvelable.

Troisièmement, la question des mécanismes de redistribution a été prise en compte par les parlementaires. Certes, ce n’est pas ce que nous proposions. En effet, à l’été 2021, nous demandions la mise en place de tarifs préférentiels d’électricité pour les riverains d’installations d’EnR, notamment parce que cette proposition remonte de manière significative dans les réunions de concertation ou les enquêtes publiques.

Néanmoins, le texte a permis d’ouvrir une vraie discussion politique autour de la redistribution des fruits de la transition à travers notamment les communes d’accueil des parcs éoliens et PV qui pourront avoir un tarif préférentiel d’électricité pour les équipements communaux. Des dispositions de la loi sortie de l’Assemblée devraient également permettre le financement d’actions additionnelles, en plus de ce qui est déjà soutenu à travers l’application de la séquence éviter - réduire - compenser, pour la protection de la biodiversité.

Pour la première fois a été introduit dans le débat politique la redistribution de la transition écologique »

Pour la première fois, a été introduite dans le débat politique la redistribution de la transition. C’est une bonne chose car c’est un des éléments de la dimension sociale de la transition énergétique qui est primordial pour accélérer.

Enfin, dernier point positif : nous avons été entendus sur tout ce qui tourne autour de la planification de l’éolien offshore, avec la mise en place d’une planification par façade que la filière proposait depuis plusieurs années. Fort des expériences d’autres pays de l’UE comme le Royaume-Uni, le Danemark, la Belgique ou les Pays-Bas, qui ont bien avancé, nous proposions de croiser, finement, en fonction des zones, les données environnementales, de la pêche, du transport maritime, les activités touristiques, le potentiel de vent, les données liées au raccordement des parcs, afin d’anticiper les investissements et surtout de donner de la visibilité à l’ensemble des acteurs de l’écosystème maritime et côtier.

Ces quatre points sur lesquels nous avons été entendus et qui ont fait l’objet d’intenses échanges au Sénat et à l’Assemblée nationale auront des effets d’accélération, certes, pas immédiats. Car ces exercices de planification ou d’anticipation des études et des investissements pour les réseaux doivent être mis en œuvre, mais à partir de fin 2024, cela donnera une accélération pour la seconde partie de la décennie.

Au-delà, le texte fait le pari d’un changement de méthode dans le développement des énergies renouvelables en France et dans l’affirmation d’un développement à la française. Ce pari repose sur une implication, et surtout une co-responsabilité élus locaux/État/filière sur la réussite de la planification territoriale associée à la mise en œuvre des EnR Énergies renouvelables et notamment de l’éolien.

Les élus de terrain sont co-responsables de sujets comme la souveraineté énergétique »

Mais attention, cette méthode implique une obligation de résultat. C’est un vrai pari, que la filière est prête à relever, mais qui rend les élus de terrain co-responsables de sujets, comme la souveraineté énergétique ou la sécurité d’approvisionnement du pays, pour lesquels la mise en œuvre de production additionnelle d’électricité est essentielle pour les 15 prochaines années. Période pendant laquelle seules les capacités additionnelles d’EnR, au premier rang desquelles l’éolien et le photovoltaïque, seront au rendez-vous.

Il est donc essentiel que la mise en place de cette planification ascendante se fasse dans un esprit de responsabilité et d’atteinte de résultats, loin d’une partie des débats caricaturaux que nous avons vus notamment à l’Assemblée. Au regard des tensions énergétiques, sur la période 2022/2025, il est également essentiel de ne pas lever le crayon en attendant la mise en place de cette planification ascendante et des zones d’accélération associées. La France a besoin de réduire sa dépendance aux énergies fossiles tout en augmentant sa production d’électricité : pas dans 10 ans, mais maintenant.

Au sujet des élus justement, qu’avez-vous pensé du droit de veto des maires qui a finalement été retoqué ?

Le Sénat et les associations d’élus, notamment d’élus ruraux où l’éolien est implanté, ont clairement dit qu’ils ne voulaient pas de ce droit de veto. Cela montre bien le décalage entre l’instrumentation politique de certains et la réalité de terrain portée par les associations d’élus de communes où sont implantés des parcs éoliens.

Ces derniers demandent à être plus impliqués, associés à la planification et à la concertation, mais ne veulent pas de droit de veto. La planification ascendante introduite par le Sénat et ajustée par l’Assemblée nationale va dans ce sens.

Quels sont les amendements les plus significatifs à retenir ?

Ce sont d’abord ceux qui ont supprimé les mesures, souvent très caricaturales, qui auraient abouti à un arrêt du développement de l’éolien sur terre et en mer. Je pense notamment aux amendements qui visaient à soumettre la délivrance d’une autorisation à l’avis conforme de l’ABF architectes des Bâtiments de France si l’éolienne était visible dans un périmètre de dix kilomètres d’un bâtiment classé ou inscrit au titre des monuments historiques.

Du côté de l’éolien en mer, je pense aux amendements qui visaient à n’autoriser le développement des parcs qu’au-delà de 40 kilomètres des côtés.

Une partie de la classe politique refuse de dire la vérité aux Français »

Sur ces deux sujets, on voit qu’une partie de la classe politique refuse de dire la vérité aux Français : on ne va pas remplacer et ré-importer sur le territoire national 65 % de notre bilan énergétique qui repose aujourd’hui sur des énergies fossiles importées sans que cela se voit.

C’est comme la ré-industrialisation, cela va se voir et il faut en être fier car ce sont les ingrédients de notre souveraineté. Du côté des amendements positifs, il y a naturellement celui sur les tarifs associés au gisement, qui va enfin envoyer une vraie incitation à une meilleure répartition des sites de production d’électricité produit à partir d’éolien ou de photovoltaïque sur le territoire.

Avez-nous noté des reculs ou des occasions manquées ?

Sur la raison d’intérêt public majeur, je pense que nous pouvons progresser dans l’atterrissage du texte. Nous pouvons travailler sur un retour à la proposition initiale du texte avec une RIPM Raison impérative d’intérêt public majeur quel que soit le lieu d’implantation du projet.

Autre point : pendant les débats parlementaires, nous avons vu, à de trop nombreuses reprises, une confusion des enjeux et de l’instrumentalisation politique autour de sujets tels que le lien entre la biodiversité et les EnR. Je rappelle, pour mémoire, que les principales causes de destruction de la biodiversité sont le changement climatique, l’agriculture intensive, l’utilisation de pesticides, la pêche intensive et dans des pays hors Union européenne, la déforestation.

Durcir les règles sur l’éolien n’aura qu’un impact marginal sur la biodiversité »

L’éolien et le photovoltaïque sont très loin derrière ces causes majeures, alors commençons par les traiter sérieusement et avec méthode. Durcir encore les règles sur l’éolien n’aura qu’un impact marginal sur la biodiversité. Par contre, se décider à traiter sérieusement les questions d’agriculture intensive, de pesticides, de pêche industrielle, de maîtrise de l’étalement urbain auront des impacts bénéfiques majeurs sur la protection de la biodiversité.

Vous parlez d’instrumentalisation politique sur l’éolien qui cristallise les passions. Comment FEE France Énergie Éolienne est-elle armée pour contrer les arguments des anti-éolien ?

La filière a intégré depuis l’été 2021 qu’elle était effectivement devenue un objet politique. C’est à dire un sujet investi par les partis politiques dont une partie d’entre eux se sert pour créer et polariser des clivages et, in fine, essayer d’attirer des électeurs à eux. C’est quelque chose d’assez nouveau pour les énergies renouvelables et pour un secteur d’activité.

Néanmoins, il faut avoir plusieurs points à l’esprit. Le premier, que nous disons depuis un certain temps, et cela se voit de plus en plus, c’est que derrière l’opposition à l’éolien il y a beaucoup plus fondamentalement une opposition à la mise en œuvre de la transition énergétique. C’était très clair lors de la dernière campagne présidentielle.

En effet, les partis qui s’opposent à l’éolien s’opposent également au photovoltaïque, puis commencent à détricoter la politique de rénovation énergétique des bâtiments, le développement du véhicule électrique, et non dans le but de faire gagner le nucléaire, mais pour faire gagner les énergies fossiles. Car, au final, c’est cela qui va se passer au cours des 15 prochaines années si nous n’accélérons pas le rythme de développement des EnR, au premier rang desquelles, l’éolien et le photovoltaïque. La réalité c’est que des partis comme Les Républicains ou le Rassemblement National sont, sous couvert de défense du nucléaire, qui sera au mieux en service entre 2035/2037, sont en train d’organiser la victoire des énergies fossiles et, de fait, l’échec de tout ce qui pourrait protéger notre bien commun qu’est le climat.

Ainsi, ce statut d’objet politique est une nouvelle donnée de notre travail que nous avons intégrée dans nos éléments d’expertise et de prises de position. L’objectif est, du coup, de partager nos méthodes avec d’autres secteurs d’activité car nous pressentons, vu les débats, que cette logique de négation de la réalité risque de se répandre comme une traînée de poudre sur la méthanisation, le solaire et le véhicule électrique.

Comment abordez-vous le PJL Projet de loi sur le nucléaire qui va emboîter le pas en janvier 2023 ?

Le calendrier et l’objet de la loi ne sont pas des sujets pour nous, mais notre statut d’objet politique nous impose de rester vigilants pour éviter toutes nouvelle instrumentalisation du débat. De ce que l’on perçoît des experts auditionnés par les différents rapporteurs, la loi d’accélération du nucléaire va permettre surtout de sécuriser le calendrier annoncé, c’est-à-dire la mise en place des premiers EPR2 Réacteur à eau pressurisée (EPR) optimisé et industrialisé, développé par EDF. entre 2035 et 2037. Cela ne permettra pas de ramener la mise en service de nouveaux EPR European Pressurized Reactor à l’horizon 2030 car ce sont des chantiers industriels complexes avec, comme pour tout chantier de cette envergure, des délais incompressibles.

Par conséquent, d’ici 2037 a minima, si nous voulons épouser une trajectoire de sortie des énergies fossiles, il n’y a pas d’autre solution que le développement des EnR pour produire plus d’électricité avec moins de CO2.

Ce point-là est très important, car dans les débats sur la loi d’accélération des EnR, nous avons vu plusieurs partis politiques qui laisseraient croire que nous pourrions mettre sur le réseau de nouveaux EPR en claquant des doigts, et que nous sortirons de 65 % d’énergies fossiles uniquement grâce à l’atome.

Ce sont, je pense, des positions mues par l’incompétence ou le déni de réalité, qui, in fine, mettent en danger la filière nucléaire, les énergies renouvelables, et ne font que garantir aux énergies fossiles leur victoire alors qu’elles sont une des premières causes du dérèglement climatique.

Michel Gioria


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Parcours

France Énergie Éolienne (FEE)
Délégué général
Ademe
Directeur régional IDF
Ademe
Chef du service recherche et technologies avancées (SRTA)
Ademe
Directeur régional adjoint en région Paca
Ademe
Chef du service recherche et technologies avancées (SRTA)
Ademe
Représentant français au sein d’un groupe d’experts internationaux en recherche et développement pour l’agence internationale de l'énergie

Établissement & diplôme

Université de Toulouse
Master 2 en économie de l’environnement, de l’énergie, des ressources naturelles et de l’agriculture
Université de Clermont
Master 1 en analyse des politiques publiques et en économie du développement

Fiche n° 46401, créée le 13/06/2022 à 09:41 - MàJ le 21/12/2022 à 12:45

France Énergie Éolienne (FEE)

France Energie Eolienne, représente, promeut et défend l’énergie éolienne en France
Création : 1996
Composition : 330 membres
Missions :
- Prises de position au nom de la filière
- Interlocuteur des pouvoirs publics, des élus, de la presse et de la société civile
- Informe les professionnels sur l’évolution des politiques publiques liées à l’éolien
Effectif : 22 600 emplois (2021)
Délégué général : Michel Gioria
Contact : Mattias Vandenbulcke, directeur de la communication
Tel : 01 42 60 07 41


Catégorie : Associations


Adresse du siège

5 avenue de la République
75011 Paris France


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 13387, créée le 22/04/2022 à 17:29 - MàJ le 07/06/2022 à 10:32

©  D.R.
Michel Gioria, - ©  D.R.