Demandez votre abonnement gratuit d'un mois !

« Vers une explosion de la bulle des combustibles fossiles » (Benoît Lallemand, Finance Watch)

News Tank Energies - Paris - Interview n°278595 - Publié le 01/02/2023 à 09:40
- +
©  Finance Watch
Benoît Lallemand - ©  Finance Watch

« La bulle des combustibles fossiles va exploser. (…) Il faut que les banques mettent du capital de côté afin d’absorber les pertes à venir ; c’est le principe du ”un pour un” : pour un dollar de financement de nouveaux fossiles, il faut un dollar de leurs propres fonds mis de côté. Si elles ne font pas cela, les contribuables devront sauver les banques », déclare Benoît Lallemand, secrétaire général de Finance Watch, ONG Organisation non gouvernementale , à News Tank le 01/02/2023. Il intervient suite à la publication de l’étude ”Évaluer les coûts sociaux de l'éclatement de la bulle des combustibles fossiles”, publiée par une coalition d’associations en janvier 2023.

Le document vise à encourager la mise en œuvre de la règle du « un pour un » dans les banques afin d’anticiper l’explosion de la bulle des combustibles fossiles, qui pourrait survenir, au plus tard, en 2030. 

« L’idée est que les banques disposent de suffisamment de fonds propres pour garantir le risque de perte. Ce principe est déjà appliqué aux investissements dans les cryptoactifs. Nous estimons que cela devrait être étendu aux activités finançant l’extension des réserves fossiles actuelles », ajoute-t-il.

Benoît Lallemand répond aux questions de News Tank.


Qu’est-ce que la bulle des combustibles fossiles ?

Il y a deux trajectoires possibles, et dans les deux cas la bulle des combustibles fossiles va exploser. Dans un premier cas, les gouvernements acceptent de suivre la recommandation du Giec Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat concernant le fossile, à savoir laisser 80 % des réserves de ces énergies dans le sol. La valeur des actifs et des entreprises fossiles va alors chuter. Dans le cadre d’un tel scénario dit de transition, la bulle des combustibles fossiles représente 80 % de la valeur des entreprises du secteur car, en définitive, 80 % de ce qu’elles possèdent ne vaut plus rien.

Si les gouvernements n’acceptent pas d’agir dans le sens préconisé par le Giec, la bulle va toucher les banques car le changement climatique va impacter tous les secteurs de l’économie qu’elles financent. Il en sera de même pour les assureurs. Dans le cadre de tels scénarios, il faut que les banques mettent du capital de côté afin d’absorber les pertes à venir ; c’est le principe du ”un pour un” : pour un dollar de financement de nouveaux fossiles, il faut un dollar de leurs propres fonds mis de côté. Si elles ne font pas cela, les contribuables devront sauver les banques.

Quel sera l’impact de l'éclatement de cette bulle ?

3,7 millions de personnes au sein de l’UE pourraient perdre leur emploi  »

L’étude que nos partenaires ont publié dit notamment que 3,7 millions de personnes au sein de l’UE Union européenne pourraient perdre leur emploi et que le gouvernement français pourrait dépenser 57 Md€ pour sauver les banques. C’est l’histoire de la crise financière de 2007/2008, qui a engendré une crise économique, avec un ralentissement des prêts, des pertes d’emplois, un accroissement de la dette publique… Et l’argent public n’a pas pu être investi ailleurs pour financer, par exemple, la transition énergétique. 

Or, au plus tôt les Gouvernements planifieront et mettront en place cette transition, moins elle coûtera cher. Bien sûr, cela entraînera des pertes d’emplois dans le secteur des énergies fossiles, mais avec de la planification on peut accompagner les reconversions. 

Afin de garantir une stabilité financière pendant la transition vers le zéro émission, l'étude propose le principe du ”un pour un”. Comment cela fonctionne-t-il ?

Il existe une règle de base dans la réglementation bancaire : les fonds propres. Pour un prêt donné, la banque doit détenir 8 % de fonds propres du montant de ce prêt. Or, pour anticiper l’explosion de la bulle des combustibles fossiles, nous demandons aux banques - et aux assureurs - de provisionner un euro pour chaque euro qui finance de nouveaux combustibles fossiles : pour 100 € de prêt, il faut 100 € de capital. L’idée est qu’elles disposent de suffisamment de fonds propres pour garantir le risque de perte. Ce principe est déjà appliqué aux investissements dans les cryptoactifs. Nous estimons que cela devrait être étendu aux activités finançant l’extension des réserves fossiles actuelles. Plusieurs parlementaires européens ont soumis cette idée, mais il y a un manque de volonté politique. Le PPE Parti populaire européen , notamment, y est opposé.

Alison Burns
Attachée de presse
Communication
+32471577233
alison.burns@finance-watch.org

©  Finance Watch
Benoît Lallemand - ©  Finance Watch