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Déchets nucléaires : « Traiter la question avec des institutions plus efficaces » (E. Vidalenc, Andra)

News Tank Energies - Paris - Actualité n°313146 - Publié le 25/01/2024 à 16:00
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©  D.R.
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« Il y a des gros enjeux sur le sujet des déchets radioactifs en France et donc il faut penser des institutions, des espaces de discussion plus efficaces pour traiter ces questions difficiles », déclare Eric Vidalenc, membre du Comité éthique et société de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs est chargée de la gestion à long terme des déchets radioactifs produits en France.• Création : 1979• Mission  : trouver, mettre en œuvre et… ), lors de la table ronde sur le 5e plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs organisée par l’Opecst (Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques Organe d’information commun à l’Assemblée nationale et au Sénat• Création : loi du 08/07/1983• Mission : informer le parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique… ) le 25/01/2024.

Eric Vidalenc s’exprime au côté de Virginie Wasselin, cheffe du service stratégie filières de l’Andra, Pauline Boyer, chargée de la campagne nucléaire à Greenpeace Organisation non gouvernementale internationale dédiée à la protection de l’environnement, de la biodiversité et de la paix• Création : 1971 (ouverture d’un bureau français en 1977, fermé en 1987… France, ou encore Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité).

« Le traitement du sujet des déchets radioactifs dans l’espace médiatique ou sur les réseaux sociaux démontre que les prises de positions sont très binaires et très caricaturales. Il faut accepter que nous avons une complexité à traiter et que pour cela, traiter les impacts environnementaux, économiques, sociaux, demande d’accepter de prendre le temps et de trouver des dispositions qui permettent de discuter », indique Eric Vidalenc.

Le décret instituant la 5e édition du plan national de gestion des matières et déchets radioactifs pour les années 2022-2026 a été publié au Journal officiel le 09/12/2022.


Une des galeries du projet Cigéo à 500m de profondeur (Bure, Meuse) - ©  News Tank

• Cigéo est un projet de centre de stockage profond de déchets radioactifs conçu pour stocker les déchets hautement radioactifs et à durée de vie longue produit par l’ensemble des installations nucléaires françaises actuelles jusqu'à leur démantèlement.
• 75000 m3 de déchets de moyenne activité à vie longue et 10000 m3 de déchets de haute activité devraient être stockés
• Plus de la moitié de ces déchets sont déjà produits, notamment pour la production d’électricité, et entreposés en attente de la mise en service de Cigéo.
• Le coût du projet a été arrêté à 25 Md€ en 2016. 
• Cigéo devra être réversible pendant au moins 100 ans, en accord avec la loi. 

« Sortir de la désinformation » (Eric Vidalenc)

  • « Le traitement médiatique du sujet des déchets radioactifs dans l’espace médiatique ou sur les réseaux sociaux démontre que les prises de positions sont très binaires et très caricaturales. C’est un vrai sujet car nous avons d’un côté des postures disant qu’il n’y a pas de solutions, on ne sait pas quoi faire de nos déchets nucléaires, et de l’autre des postures disant que tout est réglé.
  • Il faut à mon sens essayer de s'éloigner le plus loin possible de ces postures que l’on retrouve régulièrement dans les médias et dans les réseaux sociaux. Quelques exemples : on a une émission « Complément d’enquête » intitulée récemment « Déchets nucléaires. Nos poubelles débordent », mais de quels déchets parle-t-on ? Dans l’émission on parlait à la fois des essais nucléaires dans le Pacifique, on parlait des combustibles usés, on parlait du laboratoire Cigéo.
  • Et au final, je pense que c’est très difficile pour les téléspectateurs de se faire une idée de quels sont les problèmes, à quel horizon, de quel ordre de grandeur physique et financier nous parlons.
  • Quelques exemples aussi de désinformation, de mal information, de mensonge. Vous avez par exemple une association comme les « Voix du nucléaire » qui dit que les déchets nucléaires sont ceux qui posent le moins d’inquiétude aux autorités sanitaires et environnementales avec comme source l’Ademe, alors que l’agence ne travaille pas sur les déchets nucléaires.
  • Autre exemple de désinformation, et je ne sais pas quelles sont les intentions derrière, mais quand on produit des petits cubes de déchets radioactifs sur la place Bellecour de Lyon ou on diffuse une petite vidéo faite par le Monde sur ce que représente l’équivalent des déchets en Tour Montparnasse, je pense que c’est mal informer la population sur ce que sont les caractéristiques de ces déchets.
  • Cela aplatit, cela occulte totalement les dimensions spatiales et temporelles de ces déchets. Et c’est bien parce que ces déchets nucléaires ont des caractéristiques particulières que nous nous posons ces questions difficiles aujourd’hui. »

Le contexte de relance nucléaire

  • « Il est d’autant plus important de prendre cette question au sérieux dans le contexte actuel de relance du nucléaire. Le projet Cigéo devait permettre de clore la question de ces déchets. On doit désormais les descendre en 2080 si tout va bien. Initialement, on pensait descendre un peu plus tôt. Finalement, c’est 2080 parce qu’ils sont trop chauds, il faut les garder en surface avant. Et puis à l’horizon de 2150, on ferme Cigéo.
  • Pendant cette période, la question de la réversibilité et de la récupérabilité se pose. Puis après le projet est clos et la question est réglée. Si on relance six EPR, le projet Cigéo peut, a priori, prendre ses déchets à de haute activité et à vie longue. Cela représenterait au maximum 20 % de déchets supplémentaires. Si c’est 14 EPR, faudra-t-il juste des galeries en plus ? Faudra-t-il construire un autre Cigéo ?
  • Une chose est sûre : la question des temporalités se déplacera. Le sujet ne sera pas réglé en 2150 puisqu’on aura toujours des déchets que nous produirons qui seront trop chauds pour les descendre. Par conséquent, nous rouvrirons cette question que le projet Cigéo était censé clore. Et donc, dans ce contexte là, il me semble essentiel d’avoir un débat plus éclairé. »

 « Il faut un débat plus éclairé »

  • « La création du Haut Conseil pour le climat, et de la Convention citoyenne pour le climat sont des innovations démocratiques intéressantes à plusieurs égards. Le Haut Conseil pour le climat, c’est un endroit où des scientifiques font la passerelle entre la production scientifique, les laboratoires, les chercheurs et le politique, le décideur et le Haut Conseil pour rendre des avis sur la politique  climatique.
  • Et je pense que c’est extrêmement précieux d’avoir des espaces comme celui-ci pour faire monter en qualité l’information qu’on peut avoir, qu’on peut vulgariser et néanmoins rendre pertinente.
  • La question de la convention citoyenne me semble également assez prometteuse à plusieurs égards pour avoir une meilleure représentativité de la population sur les questions des déchets.
  • La question du nucléaire et celle du très long terme se posent donc. On le voit bien : les questions sont fondamentalement complexes, et dans la convention pour le climat, on ne demande pas à des citoyens tirés au sort de se prononcer après avoir lu des trucs sur ‘est ce qu’on fait ça ou non’. Il y a des experts, il y a des scientifiques qui viennent leur présenter la manière dont ces sujets sont abordés, les controverses, les incertitudes et ensuite ils délibèrent et discutent ensemble et ils proposent des choses. Tout ce processus est extrêmement précieux et intéressant.
  • Et je pense qu’on a raté quelque chose sur la Convention citoyenne pour le climat, probablement en médiatisant pas assez tout ce processus là. On aurait pu avoir des émissions grand public, on aurait pu avoir une couverture médiatique beaucoup plus large qui fasse monter en qualité le débat, qui fasse monter en compétence l’ensemble de la société. Là où c’est probablement plus difficile à envisager pour la question des déchets nucléaires, c’est qu’on ne sait pas où on veut aller. Pour le climat, on sait où on veut aller.
  • Nous avons une complexité à traiter et pour cela, traiter les impacts environnementaux, économiques, sociaux, demande de prendre le temps et de trouver des dispositions qui permettent de discuter. On ne peut pas se reposer sur les réseaux sociaux qui seraient censés être, avec la libéralisation de l’information, le nouvel Eldorado. »

    Eric Vidalenc, membre du Comité éthique et société de l’Andra et directeur régional adjoint de l’Ademe en Hauts-de-France, le 25/01/2024

 

Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)

Organe d’information commun à l’Assemblée nationale et au Sénat
Création : loi du 08/07/1983
Mission : informer le parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions.
- À cette fin, il recueille des informations, met en œuvre des programmes d’études et procède à des évaluation.
Composition : 18 députés et 18 sénateurs
Président : Stéphane Piednoir (depuis le 24/10/2023)
Contact : Bénédicte Rougé, responsable du secrétariat
Tél. : 01 42 34 46 15


Catégorie : Etat
Maison mère : Assemblée nationale (AN)


Adresse du siège

126, rue de l’Université
75007 Paris France


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Fiche n° 14650, créée le 01/03/2023 à 15:36 - MàJ le 24/10/2023 à 19:19

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