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« Le réseau électrique, le pilier central de l’approche de la PPE » (André Palu, CFE Énergies)

News Tank Energies - Paris - Interview n°429724 - Publié le
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©  D.R.
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« Le réseau électrique doit être le piler central de l’approche de la PPE3 car, face aux réalités de la consommation d’électricité et de son évolution, il faut trouver le bon équilibre entre les EnR Énergies renouvelables intermittentes et les énergies pilotables, juste équilibre qui sera la garantie de la stabilité du réseau », déclare André Palu, secrétaire national à la CFE Énergies en charge des affaires publiques et européennes, à News tank le 10/02/2026.

L’organisation syndicale a publié le 05/02/2026 un rapport technique sur « La modulation des filières électriques pilotables en France ». Selon le document, le développement « massif » des EnR n’est pas sans conséquence sur le système électrique et sur les modes d’exploitation du parc nucléaire et hydraulique français. Ce rapport est publié en écho au rapport sur la modulation du parc nucléaire français réalisé, par EDF • Producteur et distributeur d’électricité français• Activités :- Production d’électricité- Transport et distribution- Fourniture d’énergie- Optimisation et trading• Création : 1946• Clientèle … , et qui n’a pas été présenté officiellement à date. La CFE Énergies demande la publication immédiate de ce rapport d’EDF. « Ce document constitue une base indispensable pour éclairer le débat public et orienter les choix structurants de la future PPE3 », indique le syndicat.

« Nous ne sommes pas contre les EnR. Mais nous sommes pour une intégration cohérente des renouvelables dans le système électrique. Il faut se baser sur des analyses techniques et non sur des visions politiques. Notre approche est assez simple, mais exigeante : nous partons du fonctionnement réel du système électrique. Nous produisons des analyses techniques, basées sur des données industrielles, sur le retour d’expérience des installations et sur les contraintes physiques du réseau. Nous ne sommes pas dans le commentaire politique ou l’affichage. Nous essayons de comprendre ce qui est faisable, soutenable et économiquement rationnel à l’échelle du système. »

André Palu répond aux questions de News Tank.


Les grandes lignes du rapport interne d’EDF sur la modulation du parc nucléaire ont été révélées par La Tribune le 07/02/2026. Que faut-il en retenir ?

Ce sujet est central. La modulation accrue du parc nucléaire, pour absorber le développement massif de l’éolien et du solaire, n’est pas neutre. Il y a des niveaux de contrainte différents, et surtout de surcoûts pouvant atteindre environ 4 Md€ par an. Ces ordres de grandeur sont crédibles parce que la modulation répétée des réacteurs a des conséquences industrielles majeures, que l’on a trop tendance à minimiser dans le débat public.

D’abord, il y a l’impact sur les parties statiques des installations avec les tuyauteries, les composants métallurgiques et les soudures. Les cycles thermiques répétés obligent à renforcer les contrôles, les inspections et les opérations de maintenance. Ensuite, les machines tournantes sont beaucoup plus sollicitées. Dans le nucléaire, la maintenance est extrêmement lourde, réglementée et coûteuse. On ne parle pas de quelques milliers d’euros, mais très vite de millions, voire de dizaines ou centaines de millions d’euros.

Au-delà de la maintenance, il y a également la question de la durée de vie du parc…

Oui, et c’est probablement le point le plus préoccupant. Certaines parties des installations nucléaires ne sont pas remplaçables. Pour ces éléments, l’exploitant suit des compteurs réglementaires, que nous appelons des « comptabilisations de situation ». Chaque arrêt, chaque redémarrage, chaque contrainte supplémentaire consomme une partie de ces marges. Si nous les consommons trop vite, nous réduisons mécaniquement la capacité à prolonger le parc existant.

Or, le parc nucléaire actuel est amorti, extrêmement rentable et bas carbone. Si on l’use prématurément, on se retrouvera plus vite que prévu à devoir construire de nouveaux réacteurs, avec des coûts considérables. Et à la fin, il ne faut pas se tromper : ce sont les consommateurs et les citoyens français qui paient l’addition.

Vous appelez à la publication du rapport interne d’EDF avant l’adoption de la PPE. Pourquoi est-ce si important à vos yeux ?

La PPE ne peut pas être un exercice uniquement politique

Parce qu’on ne peut pas décider d’une trajectoire énergétique engageant le pays pour plusieurs décennies sans transparence sur les impacts techniques et économiques. La PPE ne peut pas être un exercice uniquement politique. Elle doit être fondée sur la réalité du système électrique, sur ses contraintes physiques, industrielles et financières. Rendre public ce rapport permettrait d’éclairer les décideurs, mais aussi l’ensemble des acteurs et des citoyens, sur les conséquences concrètes des choix envisagés.

Justement, sur les scénarios de la PPE, quelle est votre lecture ?

Les scénarios dits R sont avant tout liés aux hypothèses de consommation électrique future. Or, aujourd’hui, cette consommation est plutôt en baisse, et les perspectives de hausse sont très incertaines. On nous parle beaucoup de mobilité électrique comme moteur principal de l’électrification. Mais les annonces récentes de Stellantis, qui souhaite ralentir sur le segment électrique, montrent que le marché ne décolle pas comme anticipé. S’il n’y a pas de décollage massif de la mobilité électrique, il n’y aura pas de hausse spectaculaire de la demande.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se préparer à la réindustrialisation et à l’électrification. Au contraire. Mais il faut le faire avec agilité, sans créer de déséquilibres structurels.

Quels seraient ces déséquilibres ?

Si l’on développe trop rapidement les énergies renouvelables, avant que la prolongation du parc nucléaire et l’arrivée de nouveaux réacteurs ne soient effectives, on fragilise le fonctionnement du réseau. Un système électrique a besoin de machines synchrones pour assurer l’inertie, la stabilité de fréquence et la sûreté. Si on injecte massivement des productions intermittentes sans ces capacités, on crée des tensions, des congestions et, in fine, une dépendance accrue à des moyens de compensation. Le réseau ne se pilote pas uniquement avec des kilowattheures. Il se pilote avec de la stabilité et de la sécurité.

Vous comparez souvent la situation française à celle de l’Allemagne ou de l’Espagne…

Oui, parce que ces pays sont souvent cités en exemple. Or, quand on regarde dans le détail, on observe un paradoxe : le CO2 a baissé, puis recommence à augmenter depuis 2024. La raison est simple : pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien, ils ont massivement recours au gaz, notamment la nuit ou en l’absence de vent. Cela pose un problème climatique, mais aussi un problème de souveraineté énergétique. Le gaz allemand, hier russe, est aujourd’hui américain avec le GNL. Le gaz espagnol vient largement d’Algérie.

La France dispose d’un parc nucléaire et hydraulique qui est un atout stratégique majeur. Le fragiliser serait une erreur industrielle et géopolitique.

Vous insistez aussi sur les signaux prix observés sur les marchés de l’électricité…

On parle beaucoup des prix négatifs en journée, notamment l’été, mais beaucoup moins des prix extrêmement élevés la nuit, parfois entre 100 et 150 €/MWh Mégawatt-heure le même jour. Cette volatilité a un impact direct sur l’économie, sur la compétitivité des entreprises et sur l’ensemble du tissu industriel. Dire que l’électricité est « gratuite » à certains moments sans parler du reste de la journée est trompeur.

Qu’attendez-vous du rapport Lévy - Tuot sur l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage d’électricité ?

Tous les kilowattheures n’ont pas la même valeur

Le point central, pour nous, est que tous les kilowattheures n’ont pas la même valeur. Un kilowattheure produit au bon moment, avec des capacités de stabilisation, n’a rien à voir avec un kilowattheure injecté sans contrainte sur le réseau. Aujourd’hui, ce sont les moyens pilotables qui compensent les déséquilibres. Nous disons que cette responsabilité doit être équitablement répartie entre les acteurs.

Par ailleurs, il est indispensable que l’État reprenne la main sur la vision globale des coûts : subventions, réseaux, production, accompagnement. Tout est aujourd’hui dispersé, ce qui empêche d’avoir une lecture claire de la facture finale.

Vous évoquez également dans votre étude le rôle de l’hydraulique, souvent relégué au second plan…

L’hydraulique est pourtant la première des énergies renouvelables. Elle apporte flexibilité, pilotabilité et stabilité. Aujourd’hui, l’hydraulique au fil de l’eau est pénalisée par des priorités d’injection données au solaire et à l’éolien, ce qui dégrade son modèle économique. C’est une incohérence majeure, alors même que l’hydraulique est un pilier du système électrique français.

Certains acteurs de la filière des EnR disent que vous êtes anti-éolien et antisolaire. Que leur répondez-vous ?

Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables, cela n’a pas de sens. Nous sommes pour une intégration responsable dans le système électrique. Ce que nous demandons, c’est de la cohérence, du bon sens, une maîtrise des coûts et une vraie réflexion sur la souveraineté énergétique de notre pays. Sans vision d’ensemble, on construit un système fragmenté, inefficace et coûteux. Et ce serait une faute stratégique.

PPE, trois ans d'attente

20 octobre 2022

Début de la concertation nationale « Notre avenir énergétique se décide maintenant » organisée par le Gouvernement. L’objectif est de recueillir les points de vue du public sur les trois leviers de la transition énergétique : consommation, efficacité énergétique et mix de production de l’énergie.

6 février 2023

Fin de la concertation nationale « Notre avenir énergétique se décide maintenant ». Au total 31 355 contributions du public ont été recensées.

23 mai 2023

Lancement de sept groupes de travail par le ministère de la Transition énergétique pour mettre à jour la stratégie énergétique française et préparer notamment la loi de programmation énergie-climat. Chaque groupe de travail, co-piloté par un parlementaire et un élu local, est composé d’une dizaine de personnes - députés et sénateurs, élus locaux,représentants de fédérations professionnelles, de partenaires sociaux et de la société civile, notamment des associations environnementales.

Les six premiers groupes portent sur une thématique donnée : Sobriété énergétique, Efficacité énergétique, Production d’électricité et systèmes électriques, Production de chaleur et d’autres énergies bas-carbone, Innovation et Transition énergétique dans les zones non interconnectées. Le septième groupe est chargé de synthétiser les propositions des six premiers groupes.

12 septembre 2023

Remise des propositions des sept groupes de travail à la ministre Agnès Pannier-Runacher.

29 novembre 2023

Lancement par Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, d’une consultation publique dans le cadre des travaux sur la Stratégie française énergie-climat, dont la PPE. Organisée pour une durée d’un mois, cette consultation doit permettre aux Français de s’exprimer sur les grandes orientations de cette stratégie de planification énergétique, sur laquelle sept groupes de travail lancés par la ministre ont travaillé en 2023.

22 décembre 2023

Fin de la consultation publique organisée par le ministère de la Transition énergétique.

8 janvier 2024

Le projet de loi sur la souveraineté énergétique est présenté par le Gouvernement d’Élisabeth Borne au Conseil national de la transition écologique. Le volet consacré à la PPE 3 n’y figure pas. « Le texte fait l’impasse sur le rôle central que devront jouer les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance de notre pays aux énergies fossiles », déclare le Syndicat des énergies renouvelables.

26 avril 2024

Une proposition de loi portant programmation nationale et simplification normative dans le secteur économique de l’énergie est déposée par le sénateur Daniel Gremillet. La PPL Gremillet a pour objectif de pallier l’absence de feuille de route énergétique.

16 octobre 2024

Le Sénat adopte la PPL Gremillet en première lecture. Elle est désormais à l’agenda de l’Assemblée nationale au printemps 2025.

17 janvier 2025

Marc Ferracci, nouveau ministre en charge de l’énergie dans le Gouvernement Bayrou, assure que le décret PPE sera publié « dans les prochains mois ».

19 juin 2025

Retour à l’Assemblée Nationale de la PPL Gremillet. Un amendement, défendu par Jérôme Nury, député Droite républicaine, instaurant un moratoire sur les projets éoliens et photovoltaïques est adopté.

24 juin 2025

La PPL Gremillet est rejetée par l’Assemblée nationale lors du vote solennel (142 voix pour, 377 voix contre).

« Le Gouvernement prend acte du rejet de ce texte par l’Assemblée nationale. Ce rejet était nécessaire tant le texte dans sa version initiale a vu ses dispositions dégradées par un certain nombre de mesures industriellement absurdes — je pense au rétablissement de Fessenheim — économiquement dévastatrices pour notre territoire — c’est le cas du moratoire qui a été voté sur les énergies renouvelables. À présent, ce texte va poursuivre son cheminement législatif », déclare Marc Ferracci, ministre chargé de l’industrie et de l’énergie, à l’issue du vote.

8 juillet 2025

La PPL Gremillet est adoptée (221 voix pour, 24 voix contre) en deuxième lecture au Sénat.

17 juillet 2025

Après plusieurs mois d’attente et de reports de la publication de la PPE, 16 fédérations professionnelles représentant la filière électrique demandent la publication sans délai du texte.

1 août 2025

Un communiqué gouvernemental fuite et annonce la publication prochaine de la PPE 3.

9 septembre 2025

Le Gouvernement Bayrou est contraint à la démission après le vote de confiance organisé après le discours de politique générale sur les orientations budgétaires de la France prononcée par François Bayrou. La PPE n’est toujours pas publiée.

10 septembre 2025

Le Syndicat des énergies renouvelables « alerte » le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu sur l’urgence à publier le décret PPE.

24 novembre 2025

« Nous serons amenés à clarifier la stratégie énergétique. Je souhaite entendre les différentes formations politiques pour prendre une décision d’ici à Noël », déclare Sébastien Lecornu, Premier ministre, durant un point d’étape de mi-parcours des discussions budgétaires.

12 décembre 2025

Sébastien Lecornu déclare avoir fait le choix de ne pas publier « la PPE ces derniers temps car elle aurait été noyée dans le moment politique actuel ». « Ce rendez-vous énergétique devait être un temps fort de dialogue avec la nation et non une publication isolée ».

17 décembre 2025

« La PPE est en phase de finalisation. Il y a quelques jours, RTE a publié une actualisation de sa projection de la demande d’électricité. Cette actualisation revoit à la baisse les projections. Cela nous conduit à réajuster nos prévisions afin d’adapter la programmation à ces nouveaux éléments », déclare Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, lors des questions au Gouvernement au Sénat.

18 décembre 2025

La publication du décret de la PPE est non arrêtée à ce stade et devrait l’être en début d’année 2026, apprend News Tank auprès du ministère de l’Économie. De nouveaux éléments de calendrier seront communiqués ultérieurement.

3 février 2026

« La PPE sera publiée dans les prochains jours et un grand plan d’électrification sera annoncé dans les prochaines semaines pour que nous puissions investir dans l’offre et la demande », déclare Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur BFM TV.

6 février 2026

Le Gouvernement reçoit à Matignon la filière des EnR dans la matinée, et les dirigeants des principales entreprises de la filière nucléaire dans l’après-midi. « Cette réunion s’est tenue dans un climat de travail très constructif. Elle a confirmé un point essentiel : à l’évidence, il n’y aura pas de moratoire sur les énergies renouvelables », déclarent le SER, France Renouvelables et Enerplan. « Les acteurs du nucléaire saluent les ambitions du Gouvernement pour le développement de la filière nucléaire dans le cadre de la PPE », indiquent de leur côté EDF, Orano et Framatome.

7 février 2026

Sébastien Lecornu, Premier ministre, annonce dans qu’il signera « en fin de semaine prochaine » le décret de publication de la PPE 3.

12 février 2026

Sébastien Lecornu dévoile les grandes lignes de la PPE 3 lors d’un déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans (Jura). Le décret doit être publié au Journal officiel le 13/02/2026.

13 février 2026

Le décret de la PPE 3 est publié au Journal officiel.

CFE Énergies

La Confédération française de l’encadrement - Confédération générale des cadres Énergies, dite CFE Énergies, est une organisation syndicale représentative.
Création : 1938 (UNCM), 2011 (CFE-CGC Énergies)
Mission : représenter et défendre les intérêts du personnel d’encadrement, maîtrises et cadres, des entreprises de production, de transport, de distribution, de commercialisation, de négoce, et de fourniture d’électricité ou de gaz en France, actifs ou retraités.
Secrétaire général : Alexandre Grillat
Tél. : 01 55 07 57 00


Catégorie : Syndicats de salariés & CSE


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Fiche n° 13224, créée le 21/03/2022 à 11:27 - MàJ le 17/04/2026 à 14:24


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