L’abonnement à News Tank Energies est payant, merci de respecter la propriété intellectuelle et de ne pas transférer cet article sans autorisation préalable de News Tank Energies.

SNBC 3 : « L’abandon par l’État de sa politique de rénovation énergétique » (Isabelle Gasquet, réseau Cler)

News Tank Energies - Paris - Interview n°423805 - Publié le
- +

« Nous ne nous attendions pas à un tel recul. Cette SNBC Stratégie nationale bas carbone 3 n’est pas une simple révision pour adapter notre trajectoire à un rythme réaliste au regard des retards que nous connaissons mais acte un abandon assez net de l’ambition portée par l’État sur la politique de rénovation énergétique », déclare Isabelle Gasquet, responsable plaidoyer efficacité énergétique au Réseau Cler Comité de liaison pour les énergies renouvelables , à News Tank le 18/12/2025.

Le projet de SNBC 3 a été présenté par le Gouvernement le 12/12/2025. Ce texte est mis en consultation pour une durée d’environ trois mois. Feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et accroître ses puits de carbone, la SNBC est révisée tous les cinq ans. La SNBC 2 a été adoptée par décret en avril 2020.

« Cette SNBC 3 va à l’encontre de toutes les décisions prises ces dernières années, sur la base des travaux du SGPE. Tous les éléments s’imbriquaient de manière logique et cohérente avec des textes réglementaires. Nous observons aujourd’hui un démantèlement éclair de toutes ces trajectoires. Le Gouvernement bascule d’une politique d’efficacité énergétique vers une simple politique de décarbonation », ajoute Isabelle Gasquet.

Elle répond aux questions de News Tank.


Le Gouvernement a présenté sa troisième Stratégie nationale bas carbone le 12/12/2025. Que retenez-vous de ce document ?

Cette SNBC 3 n’est pas complètement une surprise. Nous nous attendions à une révision de la trajectoire de rénovation énergétique et la place que prendraient les rénovations performantes. Avec l’accumulation du retard pris par le Gouvernement ces dernières années, cela devient de plus en plus compliqué de tenir les objectifs de mise en œuvre d’une politique ambitieuse sur le sujet.

Néanmoins, nous ne nous attendions pas à un tel recul. Cette SNBC 3 n’est pas une simple révision pour adapter notre trajectoire à un rythme réaliste au regard des retards que nous connaissons mais acte un abandon assez net de l’ambition portée par l’État sur la politique de rénovation énergétique.

Nous notons également un abandon du principe même de sobriété. Dans les précédentes SNBC, le Gouvernement signifiait qu’il avait pris la mesure de ce principe de sobriété et le portait dans sa stratégie nationale. Aujourd’hui, cette notion n’apparaît plus dans le texte.

La SNBC 3, une nouvelle incohérence sociale et écologique

Cette SNBC 3 va à l’encontre de toutes les décisions prises ces dernières années, sur la base des travaux du SGPE. Tous les éléments s’imbriquaient de manière logique et cohérente avec des textes réglementaires. Nous observons aujourd’hui un démantèlement éclair de toutes ces trajectoires. Le Gouvernement bascule d’une politique d’efficacité énergétique vers une simple politique de décarbonation.

Concrètement, cela se traduit par un abandon de la lutte contre la précarité énergétique. Nous sommes dans une période de forte pression sur le pouvoir d’achat des ménages, une augmentation de la précarité et de la pauvreté de manière globale. Plus d’un tiers des ménages a du mal à payer ses factures, se prive de chauffage. 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique.

Alors que la rénovation énergétique est l’une des principales solutions pour baisser les consommations d’énergie et avoir un contrôle sur les factures, le Gouvernement envoie un signal d’abandon massif aux Français. Après les coupes budgétaires, après la suspension de MaPrimeRénov', la division par deux des subventions aux rénovations d’ampleur pour les foyers les plus précaires, la SNBC 3 est une nouvelle incohérence sociale et écologique.

Comment expliquez-vous ce changement de cap ?

Bien sûr, nous vivons dans une période de forte instabilité politique et les gouvernements se succèdent, mais il y a toujours eu une difficulté de portage et de vision à long terme de la politique de rénovation énergétique de la part des différents gouvernements sous le Président Emmanuel Macron. Nous y avions cru avec la mise en place du SGPE Secrétariat général à la planification écologique et de tous les travaux qui se traduisaient par des réformes concrètes. Désormais, nous naviguons à vue, sans vision. Tout cela est lié au contexte budgétaire, mais cela reste une excuse : le contexte n’a pas drastiquement changé d’une année sur l’autre.

Plus on retarde l’action climatique, plus les coûts à payer seront énormes. Le coût de la décarbonation est très inférieur à celui de l’inaction climatique. Or, le Gouvernement manque d’anticipation. Nous avons la sensation que des décisions sont prises dans l’urgence, sans cohérence ni boussole.

Que demandez-vous au Gouvernement ?

Dans un premier temps, renoncer à cette stratégie d’électrification massive à tout prix, au détriment de la sobriété et des économies d’énergie. Avec cette politique, les ménages les plus précaires seront les premiers à en payer le prix. En installant simplement des PAC Pompe à chaleur dans des passoires thermiques, nous n’allons pas améliorer durablement la qualité de vie des Français. Ensuite, nous demandons de réaffirmer la priorité donnée aux économies d’énergie en soutenant les rénovations performantes et en revenant aux objectifs de montée en puissance de celles-ci. Enfin, nous demandons que soit conservé l’objectif BBC Bâtiment basse consommation à l’horizon 2050.

Toutes ces mesures donnent un cap aux filières économiques, aux artisans et aux ménages. Les Français demandent un horizon, une stabilité, plutôt que des arrêts et des modifications en permanence. Ce qui est d’autant plus aberrant et frustrant, c’est que nous avons vu un horizon et une stabilité se dessiner, des briques se mettre en place et, aujourd’hui, nous assistons à la destruction de cette perspective.

Réseau Cler

Association nationale qui rassemble près de 300 structures engagées dans la mise en œuvre de la transition énergétique
Création : 1984 (Comité de liaison pour les énergies renouvelables)
• Mission :
promouvoir et accélérer une transition énergétique à la fois juste et ambitieuse, œuvrant pour une société durable et attentive à la protection des personnes et de l’environnement contre les défis du changement climatique
Actions :
- Fédérer des communautés d’acteurs professionnels
- Influencer les décideurs et orienter les politiques nationales
- Informer et décrypter la transition énergétique
- Développer et incuber des solutions concrètes pour mettre en œuvre la transition sur le terrain
Réseau : plus de 300 structures (2025)
Directrice : Anne Auclair (depuis juillet 2025)
Contact


Catégorie : Associations


Adresse du siège

8 Rue de Srebrenica
75020 Paris France


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 13356, créée le 14/04/2022 à 14:40 - MàJ le 09/04/2026 à 17:12


© News Tank Energies - 2026 - Code de la propriété intellectuelle : « La contrefaçon (...) est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Est (...) un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une oeuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur. »