Nucléaire : « C’est l’un de nos axes stratégiques » (Loïc Chapuis, Technip Energies)

News Tank Energies - Paris - Entretien n°454559 - Publié le
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©  D.R.
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« Au fur et à mesure que le nucléaire prendra de l’ampleur, nous chercherons à nous y positionner de plus en plus. C’est l’un des axes stratégiques que nous avons identifiés », déclare Loïc Chapuis, président de la division projets & services chez Technip Energies Société française d’ingénierie et de technologies industrielles dans les domaines de l’énergie • Création : 1958 • Secteurs d’activités : - Chimie : fertilisants, éthylène, biochimie … , à News Tank, le 29/09/2026.

Technip Energies et EDF Électricité de France ont annoncé, le 27/07/2026, la signature d’un contrat-cadre stratégique destiné à accompagner la réalisation du programme EPR2. Il prévoit notamment le déploiement de personnels de Technip Energies dans des fonctions opérationnelles de gestion de projet et de construction au sein d’équipes intégrées avec EDF. « Nous avons aujourd’hui plusieurs dizaines de personnes impliquées et cela doit monter en puissance au fur et à mesure de l’avancée du projet et des besoins d’EDF », indique Loïc Chapuis.

Le groupe, surtout présent dans les grands projets gaziers, notamment le GNL, entend renforcer progressivement sa présence dans le secteur du nucléaire. « Nous concevons et réalisons de grandes infrastructures énergétiques, avec une attention portée à la décarbonation. Le nucléaire s’inscrit naturellement dans ce champ d’expertise », déclare Loïc Chapuis. « Les caractéristiques techniques diffèrent, mais ces projets présentent des enjeux comparables de planification, de coordination des entreprises et de gestion des ressources », ajoute le dirigeant.

Il répond aux questions de News Tank.


Comment s’articule concrètement votre partenariat avec EDF sur le programme EPR2 Réacteur à eau pressurisée (EPR) optimisé et industrialisé, développé par EDF.  ?

Nous travaillons directement aux côtés des équipes de management de projet d’EDF. Nous avons des personnes complètement intégrées dans leurs équipes, à des positions clés autour de la gestion de projet durant l’exécution de ce programme EPR2. Cela passe notamment par la conduite de planning, les bonnes pratiques de passation de sous-contrats ou l’agencement, mais aussi la mise à disposition d’outils que nous utilisons pour gérer nos grands projets. Par exemple pour la gestion du matériel, de la logistique ou des ressources humaines sur un site de cette ampleur.

Les équipes de management de projet sont réparties sur plusieurs sites et seront amenées à être situées à Penly (Seine-Maritime) pendant la phase d’exécution, après le premier béton.

L’idée est vraiment d’unir les forces vives

Nous avons aujourd’hui plusieurs dizaines de personnes impliquées et cela doit monter en puissance au fur et à mesure de l’avancée du projet et des besoins d’EDF. L’idée est vraiment d’unir les forces vives. EDF dispose de compétences considérables, nous venons les compléter avec notre savoir-faire dans le management et l’exécution de projets complexes de grande envergure.

Qu’est-ce que Technip Energies peut apporter à EDF dans la gestion d’un projet de cette ampleur ?

Nous apportons notamment les méthodes et les outils que nous utilisons pour piloter de grands projets industriels, notamment au Qatar et dans les autres géographies où nous opérons des projets majeurs. Je rappelle que ce sont des chantiers où nous pouvons gérer jusqu’à 50 000 personnes, des milliers de tonnes de matériel et de grands équipements. En ce sens, c’est assez similaire à ce que l’on fait sur un EPR. Les caractéristiques techniques diffèrent, mais ces projets présentent des enjeux comparables de planification, de coordination des entreprises et de gestion des ressources.

Avec EDF, nous avons d’abord réalisé des études de cas. Nous avons notamment regardé la gestion de la sous-traitance et l’allotement : comment subdiviser un chantier et organiser la sous-traitance, jusqu’aux termes et conditions que nous utilisons. Nous avons aussi travaillé sur la gestion du matériel et la logistique des ressources. Sur un projet de 10 000, 15 000 ou 20 000 personnes, les flux logistiques de la journée peuvent vite devenir un point d’engorgement s’ils ne sont pas bien étudiés.

Nous avons également présenté nos outils de suivi pendant la phase de construction, pour avoir un « reporting » très précis sur l’adéquation entre les plans de montage, le matériel disponible sur site, sa localisation et ce que l’on appelle le « work front », c’est-à-dire ce qui est effectivement en capacité d’être monté ou construit. Il faut toujours être en avance de phase par rapport aux sous-traitants pour qu’ils disposent des plans et du matériel nécessaires. Cela paraît assez simple, mais, lorsqu’il y en a beaucoup, cela peut vite devenir complexe.

La gestion de projet est une discipline en soi

Ces études de cas ont permis d’identifier concrètement les domaines dans lesquels notre expérience pouvait contribuer au programme. La capacité d’EDF à conduire ces projets est éprouvée, et nous apportons notre savoir-faire en gestion de projet, qui est une discipline en soi.

La répétition en série constitue un enjeu majeur du programme EPR2. Que pouvez-vous apporter sur ce point ?

Sur nos projets gaziers, nous cherchons à répliquer plutôt qu’à refaire le design. Cela concerne la répétition de la logistique, le séquencement ou encore le fait de « verrouiller » la chaîne d’approvisionnement pour être sûrs de disposer des quantités nécessaires. Cela permet également de jouer sur des effets de volume et de gagner en productivité sur les montages.

Sur un chantier de GNL, nous avons souvent un, deux, trois ou cinq trains identiques. Nous avons donc cette capacité à gérer ces réplications au sein d’un même projet : nous savons comment gagner en productivité et continuer à travailler plus vite avec nos sous-traitants. Chaque réalisation permet de capitaliser sur la précédente et d’améliorer progressivement les méthodes d’exécution.

C’est dans cette démarche qu’EDF nous implique. Aujourd’hui, l’équipe de management de projet est très concentrée sur Penly, mais elle n’a pas que Penly à gérer. Il faut également établir le schéma logistique et réfléchir à la contractualisation avec les entreprises : comment passer une commande avec des options pour quatre, cinq ou six autres commandes derrière. Nous avons cette expérience de la réplication et c’est aussi ce que nous apportons à EDF.

Le nucléaire n’est pas aujourd’hui le cœur de métier de Technip Energies. Pourquoi en faire un axe de diversification ?

Effectivement, le nucléaire ne constitue pas notre cœur de métier aujourd’hui. Nous concevons et réalisons de grandes infrastructures énergétiques, avec une attention portée à la décarbonation. Le nucléaire s’inscrit naturellement dans ce champ d’expertise. Nous voyons aussi une montée en puissance de l’électrification et avec elle, un besoin accru de compétences en gestions de grands projets industriels qui sont, elles, au cœur de notre métier.

Nous l’avons appliquée aux grandes infrastructures énergétiques comme dans le gaz. Le nucléaire est donc une branche supplémentaire, mais le fil conducteur reste le même : notre capacité à gérer des installations énergétiques complexes et de grande ampleur. Ce n’est pas complètement nouveau pour nous. Nous n’avons pas la vocation d’intervenir dans le domaine du cœur nucléaire. Mais nous avons travaillé par le passé pour La Hague (Manche) et avec Orano • Opérateur international dans le domaine des matières nucléaires• Création : 2001 (Areva) / 2018 (Orano)• Activités :- Activités minières (exploration, production et commercialisation d’uranium)… , anciennement Areva.

Souhaitez-vous donner au nucléaire une part plus importante dans votre carnet de commandes à moyen terme ?

Quand on entend « module » chez Technip Energies, les oreilles se dressent assez vite

Aujourd’hui, on nous connaît notamment pour le gaz parce que nous sommes leader dans les installations de GNL Gaz naturel liquéfié . Au fur et à mesure que le nucléaire prendra de l’ampleur, nous chercherons à nous y positionner de plus en plus. C’est l’un des axes stratégiques que nous avons identifiés. Sur les SMR Small Modular Reactor , il y a en plus l’aspect modulaire, qui constitue une autre de nos compétences. Nous avons construit des usines sous forme modulaire : quand on entend « module » chez Technip Energies, les oreilles se dressent assez vite.

Si l’EPR représente un investissement très important, qui nécessite une garantie étatique et relève vraiment d’une stratégie de pays, les SMR sont quant à eux plus facilement exportables. Avec un SMR, on revient davantage vers une installation énergétique destinée à produire localement de l’énergie décarbonée et éventuellement de la chaleur pour les installations situées autour.

Les grands projets nucléaires sont exposés à des risques importants de coûts et de calendrier. Comment Technip Energies se protège-t-il de ces risques sur le programme EPR2 ?

Nous avons une approche dérisquée par rapport à ce que nous faisons aujourd’hui. Nous apportons des compétences, nous sommes intégrés dans l’équipe et intéressés à une performance partagée.

Nous n’agissons pas en qualité d’EPC Engineering, Procurement and Construction (solution tout-en-un d’ingénierie, de fourniture d’équipements et de construction) au forfait comme nous pouvons l’être Qatar ou ailleurs : nous ne maîtrisons pas tous les tenants et aboutissants du projet. Notre intérêt est de déployer notre valeur ajoutée, notamment sur la maîtrise du planning ou des prévisions en matière de coûts.

Tout ce que nous pouvons faire pour avoir une influence positive, nous le ferons. Cette approche dérisquée est reconnue par EDF, parce qu’il y a des tenants et aboutissants qui se trouvent en dehors de notre périmètre.

Il est en revanche encore trop tôt pour quantifier les gains de productivité que nous pouvons apporter. Nous pourrons les mesurer à l’aide d’indicateurs précis à mesure que le programme entrera en phase d’exécution. Notre objectif est d’apporter à EDF des méthodes et des outils éprouvés pour contribuer à la maîtrise des délais et des coûts.

Technip Energies

Société française d’ingénierie et de technologies industrielles dans les domaines de l’énergie
• Création  : 1958
• Secteurs d’activités  :
- Chimie : fertilisants, éthylène, biochimie
- Pétrochimie
- Recyclage des plastiques et circularité
- Solutions de décarbonation et de captage de carbone
- Énergies bas carbone et EnR : éolien, hydrogène et ammoniac, biocarburants, SAF
- Gaz : traitement, GNL, FLNG
• Effectifs  : 18 000 salariés dans 35 pays (2025)
• Chiffre d’affaires : 7,19 Md€ (2025)
- 6,8 Md€ (2024)
- 6,01 Md€ (2023)
- 6,4 Md€ (2022)
• Directeur général : Arnaud Pieton
• Présidente de Technip Energies France : Alexandra Arango-Larché(avril 2026)
• Contact  : Jason Hyonne, responsable RP et réseaux sociaux
• Tél. : 01 47 78 22 89 / 06 42 61 83 33


Catégorie : Expertise - Ingénierie


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Fiche n° 14186, créée le 31/10/2022 à 17:52 - MàJ le 29/09/2026 à 11:37

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